» Informations générales » Pays d’émigration (fiches synthèse RESF37) » MAYOTTE ou MAORE, ancienne colonie française, Laboratoire de la politique migratoire
 

  • Réactions aux articles
  • L'actualité sur le web
  • Index par mots-clés
  •  

    MAYOTTE ou MAORE, ancienne colonie française, Laboratoire de la politique migratoire

     

    MAYOTTE ou MAORE, ancienne colonie française Laboratoire de la politique migratoire

    Comment est-on arrivé à la situation actuelle, après des siècles d’échange entre les trois îles comoriennes­ – Anjouan, la Grande Comore , Mohéli - et Mayotte, qui vivaient soudées en raison du droit coutumier d’inspiration islamique et une économie agraire et non monétarisée ?

    Citons quelques paroles d’Aimé Césaire qui datent de 1950 dans son discours sur la colonisation : « …..il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend …….. » Elles s’appliquent d’une manière particulière à l’évolution brutale d’une société étrangement disloquée après une colonisation de plus de 150 ans.

    Rappel de quelques dates :

    1889 : première codification de la nationalité par le gouvernement français : débat sur le statut des indigènes dans les colonies : le sol colonial n’a pas les mêmes effets en matière de nationalité que sur le sol métropolitain

    1920 : les étrangers sont privés des droits politiques, mais jouissent des droits civils. Ainsi, un double « statut »des populations en période coloniale apparaît : des indigènes qui sont aussi des étrangers. A Mayotte, on assiste à la continuité du passé colonial et de la situation présente.

    1946 : Mayotte devient territoire d’outre-mer

    1974 : Mayotte vote à 66 % pour rester française, à l’encontre des trois autres îles en raison, semble-t-il, de manœuvres diplomatiques des services français désireux de garder une attache dans l’océan indien, alors qu’ils auraient dû se plier au vote de la majorité comorienne et à la position de l’ONU.

    1981 : le gouvernement socialiste rétablit la liberté de circulation entre les îles avec la fin du visa instauré au moment de l’indépendance des trois îles dissidentes. Soulignons que cette liberté de circulation était tolérée auparavant en raison du statut hybride de collectivité territoriale de l’île et aussi du fait que les problèmes d’immigration ne se posaient pas, les 4 îles étant aussi pauvres les unes que les autres.

    1990 : le gouvernement s’implique dans le développement de l’économie locale et l’assimilation culturelle d’une population dont 90 % ne maîtrisaient pas la langue française. Le statut de Mayotte devrait être celui d’un département-région (DOM) en 2009. Son PIB est aujourd’hui 10 fois plus élevé que dans les îles voisines

    1993 : l’évolution brutale de la société provoque des grèves, les dirigeants politiques impuissants à répondre aux attentes de la population agitent le chiffon rouge de l’immigration qui devient le bouc émissaire de tous les maux , ce qui aboutit au rétablissement du visa, nommé « visa Balladur » en 1995, dont les formalités d’attribution deviennent très strictes à partir de 1997/1998.

    2002. Nouveau tournant : Avec Nicolas Sarkozy nommé ministre de l’Intérieur. La chasse aux « clandestins » devient priorité des forces de l’ordre.

    2005 .Le ministre de l’Outremer déclare : « le droit du sol ne doit plus en être un au sujet des Comores et de Mayotte » et en 2006 un rapport parlementaire considère que l’île de Mayotte était particulièrement touchée par le « péril social » de l’immigration clandestine et des « reconnaissances fictives des enfants.

    2007 : une remise en cause du droit du sol est proposée par le secrétaire d’Etat à l’Outremer en vue d’adopter une mesure exceptionnelle qui ferait que tout enfant né de parents en situation irrégulière ne pourrait plus réclamer la nationalité française.

    UNE DISLOCATION

    Depuis des siècles les échanges se faisaient naturellement entre les quatre îles au gré des besoins économiques et des réalités démographiques (Anjouan restant la plus pauvre et la plus peuplée). L’agriculture, la pêche, le bâtiment et le commerce ont toujours fonctionné grâce à cette liberté de circulation. Il faut également souligner la « souplesse » de règles administratives non respectées par une population peu intéressée par l’écrit et encouragée à la pérennité des échanges inter-îles grâce à la suppression du visa en 1981 et des formalités s’y rapportant.. Ainsi, si les liens politiques étaient coupés, les relations familiales se sont poursuivies aussi bien pour voir la famille, trouver du travail, faire ses courses, fonder soi-même une famille, en obéissant à une tradition ancestrale qui autorise par exemple le mariage devant le « cadi » avec plusieurs femmes, mariages célébrés pour plus de la moitié hors de la présence d’un officier d’état civil à l’encontre des lois républicaines en usage depuis 1974.

    La volonté de devenir français conjointement à l’attachement à la culture séculaire a donc provoqué une dislocation de la société jusqu’au sein de familles au comportement paradoxal : d’un côté, malgré la répression accrue contre les clandestins, on continue à héberger des frères, des sœurs ou des cousins sans papiers, de l’autre on participe à des manifestations de rues proches de l’hystérie en accusant ces mêmes « clandestins » de vols, de bagarres ou d’encombrer les écoles. On les insulte en les traitant d’ »Anjouanais ».

    La réintroduction du visa Balladur en 1995 a eu pour conséquence de provoquer des situations inextricables au sein de familles comoriennes en possession de titres de séjour, qui sont de moins en moins renouvelés, ou installées depuis des années sans autorisation juridique, et pour les nouveaux clandestins venus des îles sœurs en particulier Anjouan au risque de perdre leur vie sur des bateaux de fortune pour échapper à la misère. Tous sont devenus cependant la cible de l’Etat pour se conformer aux quotas de chasse décidés par l’administration centrale : Soulignons que pour Mayotte l’objectif 2006 était de 12.000 reconduites à la frontière. En janvier 2007, le chiffre de la préfecture a été de 13.253 (pour un total national de 24.000) vers l’Union des Comores. Chiffres aléatoires qui imposent la prudence dans l’utilisation de ces données. Des sources locales de février 2008 précisent que 16.147 expulsions concernent Mayotte (territoire 350 fois moins peuplé que la métropole ! ) – Mayotte et la Guyane ont à eux seuls beaucoup plus de 25.000 expulsés par an - et sont à ajouter aux quelque 23.186 en provenance de la métropole. Le chiffre de 16.000 est envisagé pour l’avenir, avec l’utilisation de centres de rétention administrative de 60 places qui « hébergent » de 100 à 120 "clandestins".

    UN DERACINEMENT

    L’île partage avec les anciens « départements algériens » la même déstructuration sociétale qui frappe prioritairement les zones rurales et entraîne la bidonvillisation de rares villes en expansion rapide. D’un côté les jeunes scolarisés dans le système français éloignés des valeurs ancestrales frappées d’obsolescence par le pouvoir central, de l’autre les ruraux fuyant la démonétisation de l’agriculture traditionnelle pour s’installer autour de la capitale cependant impuissante à leur offrir assez d’opportunités économiques. Dans le cadre de la globalisation forcenée, planétaire des échanges, Mayotte est restée à la porte en raison de la forte régression de la production locale. La vanille, les poissons (issus de la pêche hauturière ou des élevages) ont disparu des exportations. Seul le ylang-ylang faire encore l’objet du commerce international.

    On ne s’étonnera donc pas de voir certains de ses habitants partir pour la France , tandis qu’elle pratique le rejet de l’afflux des populations venues des îles limitrophes.

    Par ailleurs, il faut souligner que, juridiquement, pour faire accéder au droit des personnes le « colonisateur » a naturellement exporté ses propres normes, le Code Civil, auquel la population mahoraise française est appelée à être assujettie. Ce qui suppose un renoncement complet des particularismes locaux (polygamie, répudiation, transmission du nom et du patrimoine, justice des cadis)) voués à disparaître, ce qui a entraîné un véritable imbroglio entre droit coutumier local et droit français.

    Cet impérialisme juridique accentue encore plus la coupure entre Mahorais de droit français et Comoriens originaires des autres îles, devenus « étrangers » même s’ils résidaient depuis des années à Mayotte acceptés même sans titre de séjour, à côté de ces autres nouveaux clandestins condamnés au déracinement pour des raisons économiques et qui, lorsqu’ils parviennent à s’infiltrer dans Mayotte ne bénéficient -, à l’instar de ces étranges« étrangers » leurs compatriotes devenus soudain clandestins - d’aucun droit social (refus d’accès aux soins par exemple ou quand les enfants dont la mère relève du seul droit coutumier ne peuvent prétendre aux allocations familiales)

    L’ACTUALITE

    Elle est mouvante, et d’une violence latente ou affirmée, suite notamment aux derniers événements politiques qui ont provoqué l’exil du dictateur d’Anjouan Bacar (en rétention administrative à La Réunion dans l’attente d’un nouveau statut) après l’échec de sa tentative pour se séparer des Comores et rendre Anjouan indépendante, tentative qui a échoué. Elle concerne, rappelons le :

    • les Mahorais assujettis de par leur vote (non à l’indépendance) aux lois françaises, dont ils bénéficient indéniablement dans certaine domaines, comme l’enseignement et la santé, mais attachés à des valeurs ancestrales que le législateur espère voir disparaître
    • les étrangers de deux origines : Comoriens installés depuis longtemps, tolérés avec ou sans titres de séjour jusqu’au rétablissement du visa, et les réfugiés clandestins des autres îles, victimes de leur misère et de la répression brutale qui leur est assénée lorsqu’ils ont échappé à la noyade, avec rafles, battues de la part de la population locale, on l’a vu plus haut, et les expulsions, comme en métropole, véritable pendant de la violence de la conquête et de la colonisation

    Les exemples sont nombreux des drames survenus dans des familles déchirées :

    • des femmes aux compagnons de nationalité française sont expulsées, alors que leurs enfants sont nés sur le sol mahorais et se trouvent ainsi privés absurdement de leur mère.
    • Zainab a 18 ans, et prépare un B.E.P. Mère célibataire d’un bébé elle est arrêtée et clame vouloir retrouver son enfant resté chez la voisine. Expulsée vers Anjouan elle revient quelques jours plus tard, et racontera sa terreur sur la fragile embarcation dont elle a payé le passage, elle ne dira jamais comment, à un passeur sans scrupules
    • Saïd est arrivé à l’âge de 2 ans, des documents l’attestent. Il a 18 ans et prépare un BEP. Arrêté et expulsé il se retrouve à Anjouan, pays inconnu où il n’a aucune famille. Il revient clandestinement deux mois plus tard pour être à nouveau expulsé.

    Mayotte, ce « confetti colonial dans l’Océan Indien », n’est qu’un paradigme singulier de ce qu’il advient aux clandestins fuyant la misère ou la répression pour atteindre des pays supposés leur apporter la sécurité et un mode de vie décent. On aura voulu ici tracer très synthétiquement ce qui caractérise cette île en passe de devenir très prochainement Département d’Outremer.(DOM)

    Signalons qu’une poignée d’enseignants du lycée de Kahani dénoncent publiquement les arrestations et ont créé le Réseau d’Education Sans Frontières de l’île de Mayotte (RESFIM). Une action collective de syndicats d’enseignants et d’associations vient également de saisir la HALDE et la Défenseure des enfants pour dénoncer les pratiques de discrimination dont sont victimes les enfants étrangers au sein des écoles de la République.

    Le travail remarquable du GISTI permet également à bon nombre de personnes de faire valoir leurs droits, en particulier avec le recours au tribunal administratif.

    Notre réseau, espérons le, est en passe de prolifération.

    Sources :

    • Revue Vacarme 38
    • Rue 89
    • Plein Droit – revue du Gisti n° 74
    • Jean-Philippe DECROUX, proviseur du lycée de Kahani, rapport sur les élèves « en situation irrégulière » du 1.2.2008

    http://www.defense.gouv.fr/gendarmerie/actualite_et_dossiers/immigration_irreguliere_interpellations_a_mayotte

    Entre le 14 et le 17 août, la brigade nautique de PAMANDZI (Commandement de la gendarmerie de Mayotte) a intercepté, sur détection radar, au nord-ouest de Grande-Terre, 6 kwassa-kwassa transportant des étrangers en situation irrégulière.

    Trois de ces embarcations quittaient l’île après avoir déposé leurs passagers. Les gendarmes ont également procédé à l’interception de 2 barques de pêcheurs acheminant des clandestins.

    Au total, lors de ce week-end du 15 août, les militaires de la gendarmerie ont interpellé en mer 96 étrangers en situation irrégulière et 10 passeurs. Dans le même temps, les opérations terrestres conduites sous réquisition du procureur de la République, ont permis d’interpeller 25 personnes, dont 8 mineurs.

    Depuis le début de l’année, la gendarmerie a intercepté 61 embarcations et interpellé en mer 1 377 personnes et 87 passeurs.

     
    Publié le samedi 5 juillet 2008
    Mis à jour le vendredi 22 août 2008

     
     
    Accueil     |    Espace rédacteurs     |    Se connecter